DE LA DOULEUR À LA JUSTICE

Le décès ou la disparition d’une personne aux frontières représente un drame pour sa famille et sa communauté. Perdre un proche, lorsque l’on ne connaît pas les circonstances de sa mort ou lorsque son corps n’a pu être retrouvé, est une plaie qui ne se referme jamais. Dans de nombreux cas, la famille se trouvant à des milliers de kilomètres, elle ne peut faire son deuil de l’être cher dans la mesure où elle ne pourra jamais lui offrir de funérailles, la mort n’étant confirmée que si l’on retrouve la dépouille. À cela s’ajoute le poids des problèmes juridiques, économiques et sociaux générés à long terme – parfois à vie – par le fait d’être un proche d’une victime des frontières.

Les communautés et les familles, touchées chaque année par cette douleur, s’organisent pour se faire entendre et exiger que soient respectés leurs droits : celui de pouvoir célébrer le deuil et recevoir un soutien psychosocial, de pouvoir faire toute la lumière sur les circonstances de la mort et accéder au système judiciaire afin d’engager des poursuites contre les responsables. Ils exigent la vérité, la réparation et l’engagement que jamais cela ne se reproduise, afin de convertir en justice la profonde douleur causée par l’existence de frontières.

LES CAS

Le faux espoir de retrouver Mariam

En disparaissant, avec tous ses compagnons, à bord d’une embarcation de fortune, Mariam a laissé un vide profond dans le cœur de son mari. Ce dernier, victime des sombres intérêts qui se jouent aux frontières, a inévitablement entretenu le faux espoir de retrouver sa femme en vie.

La vraie douleur, c’est de perdre un enfant

Un imprévu fait que Korotoumou n’embarque pas dans le même bateau de fortune que son fils. Elle survit à la route des Canaries, puis elle attend. Elle attend pendant des mois que son enfant réapparaisse. Comment peut-elle imaginer qu’elle ne le reverra jamais ?

Le corps de Mbene

Après la découverte du corps d'une femme au large des côtes espagnoles, un homme désespéré confirme ses craintes : le corps est celui de sa sœur Mbene, une jeune femme, coiffeuse de profession, qui n'avait jamais parlé de son intention de risquer sa vie en traversant le détroit de Gibraltar.

Le petit Samuel

Alors que le monde entier s’est ému de la mort d’un petit garçon syrien, peu de gens ont entendu parler de Samuel, le “Aylan” espagnol, dont la dépouille s’est échouée sur la plage de Barbate, à Cadix, en Espagne. Son père a fait le voyage depuis le Congo pour honorer sa mort et obtenir justice.

SOS : Larisa a disparu

Après plusieurs jours sans nouvelles, Estelle s’est inquiétée du sort de sa soeur. Depuis la Suisse, craignant le pire, elle s’est alors rendue à Algésiras, en Espagne : la jeune femme avait été victime de négligence de la part des sauveteurs qui ne sont jamais arrivés.

Tarajal: transformer la douleur en Justice

Le 6 février 2014, quatorze personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l'Espagne après avoir été violées avec du matériel anti-émeute par les autorités espagnoles. Leurs familles favoriseraient un processus organisationnel sans précédent pour transformer leur profonde douleur en justice.

DÉFENSEUR·E·S

La défense des droits de l’Homme aux frontières est une tâche à haut risque : menaces, extorsions, agressions et poursuites judiciaires sont les principales formes de criminalisation auxquelles sont confrontés les défenseur·e·s des droits de l’Homme. Toutefois, ils·elles développent des formes de protection qui garantissent la continuité de leur mission. Lisez quelques-unes de leurs histoires.