Le faux espoir de retrouver Mariam

En disparaissant, avec tous ses compagnons, à bord d’une embarcation de fortune, Mariam a laissé un vide profond dans le cœur de son mari. Ce dernier, victime des sombres intérêts qui se jouent aux frontières, a inévitablement entretenu le faux espoir de retrouver sa femme en vie.

LES FAITS

Mariam Cissé avait traversé le détroit de Gibraltar dans une barque aux côtés de douze autres personnes. Le 27 décembre 2018, à 12h26, son mari nous a contactés, nous transférant un message audio qui provenait d’une autre entité : « Vos proches voyageaient dans un bateau. Nous venons d’appeler la société de sauvetage en mer et ils nous ont confirmé que le bateau avait été repêché et qu’ils sont désormais en Espagne ». Le mari de Mariam, extrêmement nerveux, voulait croire que sa femme était toujours en vie, même si, ni elle ni aucun de ses compagnons de route, ne s’étaient manifestés.

Nos lignes d’appel d’urgence n’ont jamais reçu d’alerte de la part du bateau sur lequel était Mariam, mais les proches de plusieurs personnes à bord nous ont contactés plus tard. Au sein du collectif, nous avons commencé à rechercher les rescapés le long de la côte espagnole afin de confirmer qu’ils avaient bien été secourus. Dans le même temps, nous enquêtions également sur le sort de dix personnes qui avaient également risqué leur vie sur un bateau gonflable.

LES FAMILLES

Le 28 décembre, notre enquête nous a permis de vérifier qu’il s’agissait d’une information erronée : Mariam et ses camarades n’avaient jamais été secourus. Le lendemain, le deuxième bateau de plage recherché a été retrouvé par les autorités marocaines avec à son bord cinq personnes décédées et cinq survivants. Mauvais présage pour le mari de Mariam Cissé.

Cependant, l’entité à l’origine du message a continué de diffuser de fausses informations auprès des communautés de migrants. Elle assurait que les deux bateaux étaient bien arrivés en Espagne. Quant au fait que les survivants ne donnent pas de signes de vie, elle l’expliquait par leur placement en garde à vue. Mais le mari de Mariam n’y croyait pas : sa femme aurait tout fait pour le contacter.

De notre côté, compte tenu des informations officielles concernant les deux zodiaques, nous avons lancé une nouvelle recherche dans les morgues des villes marocaines de Tanger, Castillejos et Tétouan. Aucune trace de corps correspondant aux personnes embarquées avec Mariam Cissé.

Durant le mois de janvier, le mari de la jeune femme a continué de recevoir de fausses rumeurs qui alimentaient tous ses espoirs. Il nous demandait : « Est-ce déjà arrivé qu’un bateau retrouve des naufragés et les retiennent sans en informer personne ? » ou encore « On m’a dit que Mariam était à Melilla ! Pouvez-vous vérifier là-bas s’il-vous-plaît ? ». Le 12 janvier, il a reçu la photo d’un corps inanimé échoué sur une plage de Cadix. Le message assurait qu’il s’agissait d’une victime du bateau gonflable dans lequel se trouvait Mariam. En effet, plusieurs corps étaient apparus sur la côte espagnole ces derniers jours, mais personne ne pouvait lui confirmer de quel bateau ils provenaient. Nous avons donc envoyé la photo de Mariam Cissé aux autorités espagnoles, ainsi que celle d’autres personnes disparues, afin de vérifier leur identité. Aucun lien n’a pu être établi.

À l’occasion de la très attendue “Journée des Victimes des Frontières”, le 6 février dernier, date anniversaire de la tragédie de Tarajal, le mari de Mariam a participé à une production audiovisuelle de notre collectif destinée à rendre hommage à toutes les victimes. À ce jour, Mariam Cissé est toujours portée disparue et son compagnon se raccroche à son souvenir afin de la maintenir en vie.

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