Douleur à la frontière de Ceuta

Des milliers de personnes ont tenté de traverser la frontière maritime qui sépare Ceuta du Maroc. Elles l’ont fait à la nage, dans des conditions extrêmes, beaucoup d’entre elles sans équipement adéquat, risquant leur vie dans une traversée de plus en plus meurtrière.

Les chiffres des victimes confirmées au 1er août 2026 sont dévastateurs : 84 personnes ont perdu la vie. 67 du côté de Ceuta. 17 à Fnideq. De plus, des dizaines de personnes sont toujours portées disparues.

Depuis Caminando Fronteras, nous documentons depuis des années ce qui se passe à cette frontière. Nous savons que ceux qui tentent de traverser la mer à Ceuta sont, en grande majorité, des personnes jeunes, dont beaucoup de mineurs, ce qui rend la situation des enfants particulièrement préoccupante. Les victimes ne sont pas une masse anonyme ; ce sont des personnes avec des noms, des familles, des histoires et des rêves.

Nous savons également que beaucoup des personnes décédées sont enterrées dans des cimetières sans que leurs familles puissent être présentes, sans identification, sans la possibilité de recevoir une sépulture conforme à leurs croyances. L’absence de volonté politique pour reconnaître les victimes fait que les familles se heurtent à des obstacles administratifs qui finissent par violer leurs droits.

Ceci n’est pas une situation imprévisible — c’est la conséquence d’années de politiques migratoires qui privilégient le contrôle des flux migratoires sur la protection des personnes. C’est le résultat de politiques déshumanisantes qui considèrent les migrations comme une monnaie d’échange et un instrument de chantage entre les États.

C’est pourquoi, depuis Caminando Fronteras, nous demandons :

Que soient garanties les procédures permettant la recherche et l’identification par les familles qui cherchent leurs proches. Les familles ne peuvent rester sans réponse. L’État dispose des moyens pour identifier les victimes ; ce qui fait défaut, c’est la volonté politique de le faire avec urgence et transparence.

Qu’une sépulture digne soit offerte aux victimes et que leurs familles puissent leur dire au revoir conformément à leurs croyances et à leur religion. La dignité dans la mort n’est pas négociable. Chaque personne décédée mérite d’être enterrée conformément aux souhaits de sa famille et aux prescriptions de sa foi.

Que les circonstances de vulnérabilité des familles soient prises en compte afin de garantir leurs droits et ceux des victimes. Beaucoup des familles qui cherchent leurs proches n’ont pas les ressources pour se déplacer, ne disposent pas de visas, ne parlent pas les langues de l’administration. Les procédures doivent s’adapter à leur réalité, et non l’inverse.

Nos pensées accompagnent les 84 personnes décédées, les personnes disparues et leurs familles. Nous sommes aux côtés des mères et des pères qui attendent des nouvelles. Des frères et sœurs qui ne savent pas si leur proche est en vie. Des communautés qui pleurent leurs jeunes.

Personne ne devrait mourir pour avoir traversé une frontière.

Laisser un commentaire