COMMUNIQUÉ: Les violences policières à la frontière continuent de faire des victimes au Maroc.

Au vu de ce qui s’est passé sur la plage d’AKHFENNIR où une jeune femme migrante est morte après l’intervention des forces de police marocaines.

Hier, lundi 12 septembre, une femme migrante est décédée à la suite des blessures par balle à la poitrine, selon le témoignage des personnes présentes lorsque les forces de police marocaines ont tenté de les empêcher d’entrer dans l’eau dans une embarcation avec laquelle elles tentaient de passer en Espagne. La jeune femme faisait partie d’un groupe de 35 personnes, marocaines ainsi que subsahariennes, qui s’apprêtaient à embarquer sur une plage située entre les villes d’Akhfennir et de Tarfaya, au Maroc.

Lorsque les autorités sont arrivées sur les lieux, elles ont déployé une opération violente pour empêcher le bateau de partir, au cours de laquelle elles ont même utilisé des armes à feu avec des munitions mortelles.

La jeune femme qui est décédée n’est pas la seule victime de cette violence policière. Plusieurs autres membres du groupe ont dû être admis à l’hôpital, dont trois jeunes hommes marocains dans un état très grave. Trois d’entre eux – dont l’un est en soins intensifs – ont reçu une balle dans le dos. Deux jeunes hommes ont également été percutés par une voiture alors qu’ils tentaient de fuir le lieu de l’attaque.

A la lumière de ces faits, les organisations signataires du présent communiqué, exprimons ce qui suit :

  • L’utilisation d’armes à feu contre des civils non armés est une preuve supplémentaire de l’augmentation exponentielle du recours à la forcé par les forces de sécurité de l’État dans leurs actions sur le territoire frontalier, les personnes migrantes étant considérées comme une menace plutôt que comme des sujets de soins et de droits.
  • L’absence de mécanismes de contrôle et de supervisión des actions de la pólice perpétue l’impunité de l’usage de la forcé contre les communautés en mouvement, privant les victimes de leur droit à la réparation des dommages subis et contribuant à leur manque de protection contre les atteintes à leur intégrité physique, morale et psychologique.
  • L’externalisation du contrôle des frontières par l’Union européenne et l’État espagnol vers le Royaume du Maroc, récemment entérinée par l’allocation de 500 millions d’euros du budget de l’UE (une augmentation de 44,5% par rapport à la période précédente), continue d’aggraver la situation d’extrême vulnérabilité dans laquelle se trouvent les personnes migrantes dans ces territoires et viole systématiquement le droit fondamental à la vie.

Nous ne pouvons plus supposer, après les tragiques événements mortels de la clôture de Melilla, que les droits humains sont conditionnés par la coopération économique entre les pays.

Repose en paix. Vérité, justice et réparation pour les victimes.

13 septembre 2022

Organisations signataires

Ca-minando Fronteras

Asociación Apoyo

CIEs no Madrid

Coordinadora de Barrios

Asociación Karibu

CP San Carlos Borromeo

Asociación Elin

Mundo en Movimiento

Red Solidaria de Acogida

PREMIER SEMESTRE 2022 À LA FRONTIÈRE: 978 VICTIMES DE LA NÉCROPOLITIQUE

Valence, 20 juillet 2022

Aujourd’hui, mercredi 20 juillet 2022, le collectif Ca-minando Fronteras présente les chiffres de l’observation des frontières effectuée au cours du premier semestre de cette année. Le rapport sera accompagné d’une conférence de presse avec Helena Maleno, coordinatrice du collectif, et María González, responsable de l’axe Droit à la vie. Jusqu’à présent cette année, 978 victimes ont été recensées à la frontière occidentale euro-africaine. Les données directes, issues de sources primaires, ont été recoupées avec des sources officielles, des communautés migrantes et des organisations sociales sur le terrain avec lesquelles Ca-minando Fronteras est en contact permanent. Pour l’organisation, et son travail en tant qu’Observatoire des droits frontaliers, les données documentées se traduisent par :

  • 18 bateaux ont disparu avec toutes les personnes à bord.
  • Sur les 978 victimes totales, 938 personnes sont mortes ou ont disparu en mer et 40 autres sont mortes à la clôture de Melilla.
  • 118 femmes et 41 enfants ont perdu la vie en mer en 2022.
  • 87,83% des victimes ne sont toujours pas identifiées.

Une fois de plus, les voies d’accès à l’Espagne ont été classées en quatre routes différentes : i) la route des Canaries, ii) la route d’Alboran, iii) la route de l’Algérie et iv) la route du détroit. Une fois de plus, la plupart des victimes ont été enregistrées sur la route des Canaries, puisque jusqu’à 800 personnes ont perdu la vie dans les 28 naufrages survenus sur cette route. En revanche, sur la route d’Alboran, les 3 naufrages enregistrés pendant cette période portent à 35 le nombre de personnes tuées. Sur la route de l’Algérie, 11 naufrages sont connus et ont fait 101 victimes. Enfin, dans le détroit de Gibraltar, deux naufrages ont fait deux morts. A toutes ces victimes, il faut ajouter les 40 morts à la frontière terrestre, entre Nador et Melilla, suite à la tragédie du 24 juin.

Si l’on considère plus largement la période de six mois, ce sont les mois de janvier et de juin qui comptent le plus de victimes, avec respectivement 306 et 290 personnes tuées. En moyenne, cinq personnes ont perdu la vie chaque jour au cours du premier semestre 2022 à la frontière entre l’Europe occidentale et l’Afrique. Les victimes venaient de 23 pays différents, dont le Maroc, l’Algérie, la Guinée Conakry, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Syrie.

Téléchargez le rapport complet ici ‘Suivi Droit à la Vie – Premier semestre 2022’

Descarga el informe completo aquí: Informe del Monitoreo DALV – Primer semestre 2022 (versión en castellano)

Download the full report hereMonitoring ‘Right To Life – January-June 2022 (English version)

Descarrega l’informe complet aquí‘Monitoratge del Dret a la Vida – Primer semestre 2022’ (versió catalana)

COMMUNIQUE: 29 MORTS AUX FRONTIERES EUROPEENNES

L’accord Espagne-Maroc sur l’immigration tue!

Les tragiques événements du 24 juin 2022 sur la frontière entre Nador et Melilla au Maroc rappellent, avec violence, l’échec des politiques migratoires sécuritaires. Les 27 morts et les centaines de blessés du côté des migrants comme ceux du côté des forces d’ordre marocaines sont le symbole de politiques européennes d’externalisation des frontières de l’Union européenne (UE), avec la complicité d’un pays du Sud, le Maroc. La mort de ces jeunes africains sur les frontières de la « forteresse européenne » alerte sur la nature mortifère de la coopération sécuritaire en matière d’immigration entre le Maroc et l’Espagne. 

Les prémices du drame de ce vendredi 24 juin ont été annoncés depuis plusieurs semaines. Les campagnes d’arrestations, de ratissages des campements, de déplacements forcés visant les personnes en migration à Nador et sa région étaient annonciatrices de ce drame écrit d’avance. La reprise de la coopération sécuritaire dans le domaine des migrations entre le Maroc et l’Espagne, en mars 2022, a eu pour conséquence directe la multiplication des actions coordonnées entre les deux pays.   

Ces mesures sont marquées par des violations des droits humains des personnes en migration à Nador, Tétouan et Tanger ou encore à Laâyoune et Dakhla. Le drame de cette triste journée est la conséquence d’une pression planifiée contre les personnes exilées. 

Depuis plus d’un an et demi, les personnes en migration à Nador sont privées d’accès aux médicaments, aux soins, voient leurs campements brûlés et leurs biens spoliés, leurs maigres denrées alimentaires détruits et même le peu d’eau potable qui est à leur disposition dans les campements, il est confisqué.   

Ces expéditions punitives ont abouti à une spirale de violence des deux côtés. Une violence condamnable quelles que soient ses origines, mais tout en rappelant la violence systémique que subissent les migrants à Nador depuis des années de la part des forces de l’ordre espagnoles comme marocaines. Des pratiques condamnées à de multiples reprises par des instances nationales, régionales et onusiennes. 

Face à ce nouveau drame aux frontières, et compte tenu de l’ampleur du bilan humain qui sera amené, hélas, à être revu à la hausse, les organisations signataires de ce communiqué annoncent ce qui suit : 

  • Nous exprimons nos vives condoléances aux familles des victimes, parmi les migrants comme dans les rangs des forces de l’ordre. 

  • Nous condamnons l’absence de prise en charge rapide des migrants blessés, qui a alourdi ce bilan. Nous exigeons qu’une prise en charge sanitaire adéquate et de qualité soit accordée à toutes les personnes hospitalisées à la suite de ce drame 

  • Nous exigeons que les autorités marocaines procèdent à l’identification et à la restitution des dépouilles des victimes à leurs familles, en collaboration avec les communautés des migrants

  • Nous exigeons l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire indépendante du côté marocain comme espagnol, ainsi qu’au niveau international pour faire toute la lumière sur ce drame humain. 

  • Nous exigeons la fin des politiques criminelles financées par l’Union européenne et ses nombreux complices, les Etats, certaines organisations internationales et plusieurs organisations de la société civile qui assurent la sous-traitance de ces politiques criminelles. 

  • Nous appelons les représentations diplomatiques des pays africains, présentes au Maroc d’assumer pleinement leurs responsabilités en matière de protection de leurs ressortissants, au lieu d’être complices des politiques en cours. 

  • Nous appelons les organisations et les mouvements de défense de droits humains et de défense des droits des personnes en migration à se mobiliser dans ce moment critique où le droit de la vie est plus que jamais est danger. 

Le 25 juin 2022, Rabat. 

 

La pire année aux frontières : 4404 victimes sur les routes d’accès à l’Espagne en 2021

Madrid, 3 janvier 2022.

Le collectif Caminando Fronteras a présenté, au début de l’année 2022, les chiffres du suivi des frontières effectué l’année dernière avec les interventions d’Helena Maleno, Coordinatrice du Collectif Caminando Fronteras, et de María González, responsable de l’Axe du Droit À la Vie. Au cours de l’année 2021, jusqu’à 4 404 victimes de la Frontière Occidentale Euro-africaine ont été recensées, grâce à des contacts directs avec les victimes elles-mêmes ainsi qu’avec leurs proches. De l’organisation, et de son travail en tant qu’Observatoire des Droits aux Frontières, les données documentées résultent:

  • 83 bateaux disparus avec toutes les personnes à bord.
  • Sur les 4404 victimes, 4175 personnes sont mortes en traversant la frontière, et 229 ont disparu.
  • 628 femmes et 205 enfants ont perdu la vie au cours de l’année.
  • 94,80% des victimes restent non identifiées.
  • Par rapport à 2020, les décès ont augmenté de 102,95 %.

Les données directes provenant de sources primaires ont été recoupées avec des sources officielles, des communautés de migrants et des organisations sociales sur le terrain avec lesquelles Ca-minando Fronteras est en contact permanent. Maintenant, si nous examinons la répartition des routes d’accès à l’Espagne en quatre routes différentes : i) la route des Canaries, ii) la route d’Alboran, iii) la route algérienne et iv) la route du Détroit, la dureté de la route des Canaries continue d’en faire la plus meurtrière des quatre. Sur cette seule route, on a compté jusqu’à 4016 victimes, dans les 124 naufrages dont le collectif a eu connaissance et qu’il a pu suivre. Toutefois, et malgré les difficultés répétées rencontrées sur la route de l’Algérie pour comptabiliser les navires – et les tragédies – qui s’y déroulent, jusqu’à 191 victimes ont été recensées dans 19 naufrages. Dans le cas du détroit de Gibraltar et de la route d’Alboran, les chiffres ne sont pas moins inquiétants, avec respectivement 102 et 95 victimes, pour un total de 27 naufrages (17 dans le détroit de Gibraltar et 10 à Alboran). Tous ces chiffres sont encore plus alarmants si on les considère sur une courte période, puisque les 893 victimes qui ont été recensées en 2019 ont déjà doublé l’année dernière, avec 2170 décès en 2020. Pire encore, les prédictions des données pour le premier semestre 2021 se sont réalisées : pour une année de plus, les chiffres ont doublé, atteignant 4404 victimes. Ces chiffres, en outre, croissent de manière exponentielle par rapport aux capacités d’un collectif, Caminando Fronteras, qui multiplie certes ses efforts, mais ne dispose toujours pas des outils nécessaires pour atteindre tout ce qui se passe à la frontière, et ne peut qu’admirer la passivité des Etats, des organisations internationales et autres institutions, face à la crudité de leurs clôtures et à leur nécropolitique.

Évaluations par Helena Maleno (coordinatrice de Caminando Fronteras) et María González (responsable de l’axe Droit À la Vie) (en espagnol):

When migrants go missing on the Atlantic route to Spain

Publicado por France24 el 03/12/2021 – Fotografía por AFP/LLUIS GENE

Hamido had heard nothing from his wife and child in 10 days since they set sail from Western Sahara for the Canary Islands — but then a boat was found with many dead onboard.

Frantic and distraught, Hamido — an Ivorian national working in France — tried to contact the Spanish police and the authorities in Gran Canaria for news of his family.

Lee la noticia completa…

The Brutal Reality of Europe’s Border Regime

Publicado por Tribune el 23/10/2021 – Fotogafía por Getty Images

On 19 August, a Barbados-registered cargo ship 150 miles from Spain’s  Canary Islands came across a semi-submerged plastic motorboat. Inside,  the crew discovered a thirty-year-old woman from the Ivory Coast—the  last survivor of a group of fifty-three people that had set out seven  days earlier from the shore close to the southern Moroccan border.

Lee la noticia completa…

«C’est une année horrible» : près de 2100 migrants sont morts au large de l’Espagne depuis le début de l’année [au premier semestre]

Publicado por Le Parisien el 07/07/2021 – Fotografía por AFP/Seyllou

C’est un décompte macabre qui n’interpelle pas assez. Près de 2 100 migrants sont morts durant le premier semestre de cette année en tentant de rejoindre l’Espagne par la mer, selon une étude de l’ONG Caminando Fronteras présentée mercredi. Ce chiffre est cinq fois plus élevé que celui enregistré pour la même période de l’an dernier, et le plus élevé pour un premier semestre depuis 2007, lorsque Caminando Fronteras a débuté ce recensement.

Lee la noticia completa…

Personnes mortes ou disparues aux frontières Guide de l’association Caminando Fronteras pour les familles des victimes aux frontières (Espagne)

Publicado por Cimade el 22/06/2021 – Fotografía por Service communication Cimade

Ce guide, élaboré par l’association espagnole Caminando Fronteras qui travaille depuis des années sur la question des personnes mortes ou disparues aux frontières, vise à soutenir les familles et à faciliter les opérations de recherche des victimes des frontières. Il fournit des conseils, des avertissements et des stratégies pour surmonter les difficultés que les familles rencontrent tout au long du processus.

Lee la noticia completa…

Spain: Hundreds Disappeared on Atlantic Route while the Misery of Children in the Canary Islands, Ceuta and Melilla Persists

Publicado por ECRE el 18/06/2021 – Fotofrafía por Gary Leavens

Thousands of lives have been lost on migration routes to Spain and more  deaths are feared with nearly 500 people disappearing along the Atlantic  Route within the past two weeks. In the Canary Islands, Ceuta and  Melilla, the situation of children remains harrowing with alleged sexual  assault, overcrowded and unsanitary living conditions, and violations  of the right of education.

Lee la noticia completa…

Guide pour la recherche de Personnes Disparues à la Frontière

La Guide vise principalement à soutenir toutes ces familles à commencer et faciliter les opérations de recherche des victimes des frontières, en leur offrant plusieurs stratégies pour surmonter les difficultés qu’ elles trouveront tout au long du processus ; depuis la dénonce jusqu’au rapatriement des cadavres.

On souligne la douleur et les problèmes auxquels les familles ont dû souvent faire face afin de faire la lumière sur le désespoir qu’elles éprouvent. L’obtention des informations a été un travail acharné et difficile, mais on espère que tout le résultat de notre enquête se traduira dans la reconnaissance des familles en tant que victimes des frontières et dans une responsabilisation explicite vers le système qui permet que cela soit la terrible réalité pour des milliers de personnes.

Téléchargez la Guide pour la recherche de Personnes Disparues à la Frontiere ici

La Guía tiene como principal objetivo ayudar a todas esas familias a iniciar y facilitar las labores de búsqueda de las víctimas de las fronteras, ofreciéndoles distintas estrategias para sortear las dificultades con las que se irán encontrando a lo largo de todo el proceso; desde la denuncia hasta la repatriación de los cadáveres.

Destacamos lo doloroso y complicado que ha sido, en muchas ocasiones, poder arrojar algo de luz a la desesperación de las familias. Obtener información ha sido una labor ardua y complicada, pero esperamos que todo el resultado de nuestra investigación se traduzca en el reconocimiento de las familias como víctimas de las fronteras y en un señalamiento explícito al sistema que permite que esta sea la terrible realidad de miles de personas.

Descarga la Guía para Familias Víctimas de la Frontera aquí

Descarga el informe de análisis Construyendo Memoria Migrante aquí

The main aim of the guide is to help all these families to initiate and facilitate the searches for border victims, offering them different strategies to tackle the obstacles they will face in the process, from reporting the disappearance to repatriating the body.

We underline how painful and complicated has been to give some hope to these desperate families. Obtaining information has been an arduous and complicated task but we hope that the result of our investigation will lead to families being acknowledged as border victims and to the system being exposed as one that allows this to be the terrible reality of thousands of people.

Download the Guide for Families of Border Victims here

دليل للبحث عن المفقودين على الحدود

Mourir sans deuil. Présentation du Guide à l’usage des Familles Victimes de la Frontière

Caminando Fronteras présente à Madrid, de manière inédite, la première Guide à l’usage des Familles Victimes de la Frontière Occidentale Eurafricaine

«Mourir sans deuil» est l’événement convoqué par le collectif, où la première Guide à l’usage des Familles Victimes de la Frontière sera présentée. Résultat d’un travail direct sur le terrain, Caminando Fronteras apporte un éclairage sur la douloureuse réalité traversée par des milliers de familles à la Frontière Occidentale Eurafricaine lorsqu’elles dénoncent la mort et/ou disparition de leurs proches.

Les faits de Ceuta, ainsi que la tension dans la relation entre l’Espagne et le Maroc, n’ont rien de nouveau : chaque jour, les familles victimes des frontières sont confrontées à des situations d’une haute violence institutionnelle. Démunies par les États, elles se sont adressées pendant des années au Collectif afin d’être accompagnées dans des processus de Vérité, Justice, Réparation et non-Répétition.

Participants : Helena Maleno (porte-parole de Caminando Fronteras), Fernando Serrulla (Président de l’Association Espagnole d’Anthropologie-Odontologie Médico-Légale), Elisa Cabrerizo (Chef de Pathologie Médico-Légale de l’Institut de Médecine Légale de Granada), Amir Hacini (représentant des Familles Africaines) et Marta López (représentante des Familles Européennes).

Date : 26 mai 2021.

Heure de la conférence de presse : 10h00, heure espagnole péninsulaire (heure de Paris)

Heure de l’Acte pour le public : 11h00, heure espagnole péninsulaire (heure de Paris)

Lieu : Paseo Recoletos 13, Madrid. Siège du Conseil Général du Barreau Espagnol (CGAE).

Guía para Familias Víctimas de la Frontera

Maroc : les mesures d’intimidation contre Helena Maleno doivent cesser

EuroMed Droits et les organisations cosignataires ci-dessous déplorent l’interdiction d’entrée sur le territoire national marocain prononcée à l’encontre de l’activiste et présidente de l’Association Caminando Fronteras, Helena Maleno Garzon, par les autorités marocaines et s’inquiètent des circonstances qui ont mené à cette interdiction. 

Dans des déclarations largement reprises dans la presse, Mme Maleno rapporte que ses papiers d’identité et de voyage ont été confisqués par la police à l’Aéroport Ibn Batouta de Tanger alors qu’elle rejoignait son domicile au Maroc le 23 janvier dernier. Elle a également été séparée de sa jeune fille de 14 ans, privée d’eau et d’accès à ses médicaments.  

Cette interdiction fait suite à différentes entraves dont a été victime Mme Maleno sur le plan professionnel. Ainsi, en 2019, le tribunal de Tanger a acquitté Mme Maleno après 15 mois de procès pour trafic d’êtres humains. En avril 2017, Mme Maleno avait également fait l’objet d’une procédure en Espagne concernant ses possibles liens avec une « organisation criminelle». Cette procédure avait également été classée sans suite.  

Ces entraves judiciaires s’inscrivent dans les tentatives des autorités espagnoles et marocaines de criminaliser celles et ceux qui tentent de faire respecter les droits des personnes migrantes en les assimilant à des trafiquant.e.s d’êtres humains. Les organisations signataires demandent que cessent les entraves judiciaires contre Mme Maleno et contre son travail de défense des droits humains.  

L’engagement de Mme Maleno lui a valu de nombreuses récompenses ces dernières années à travers le monde. En 2018, elle a notamment reçu le MacBride Peace Prize, décerné par l’International Peace Bureau, et le prix de l’Association espagnole de défense des droits humains. Elle avait reçu le prix « Nacho de la Mata » du Conseil Général des Avocats espagnols en 2015. 

Organisations cosignataires

Association Marocaine des Droits Humains (AMDH)

Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH)

Réseau Marocain des Journalistes en Migrations (RMJM)

Association pour le Développement et la Sensibilisation des Guinéens Migrants au Maroc ( ADESGUIM)

Association Thissaghnasse pour la Culture et le Développement (ASTICUDE)

AlarmPhone

KISA Action for Equality, Support, Antiracism

Centre for Peace Studies Croatia

Cairo Institute for Human Rights Studies

Confédération Générale Autonome des Travailleurs en Algérie (CGATA)

Syndicat National Autonome des Personnels de l’Administration Publique (SNAPAP)

Collectif des Communautés Subsahariennes au Maroc (CCSM)

CIHRS Cairo Institut Human Rights Studies

ARCI

Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD)

Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH)

Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT)

Réseau IDD (Immigration Développement Démocratie)

Association Na’oura

Plus de 230 harraga algériens ont péri en tentant de rejoindre l’Espagne en 2020 – ALGÉRIE ECO

Publié par Algérie ECO le 05/01/2021 – Rédaction AE

En 2020, 231 harragas algériens sont morts noyés en tentant de travers la Mer Méditerranée pour rejoindre l’Espagne, selon le rapport annuel de l’ONG espagnole « Caminando Fronteras », publié récemment.

L’ONG, qui surveille les flux migratoires, a recensé 23 naufrages sur la route menant des côtes algériennes vers les côtes des îles Baléares et d’Almeria.

Selon la même source, au total, 2170 migrants sont morts en tentant la traversée vers l’Espagne contre 893 en 2019, soit une hausse de 143 %.

Ces migrants décédés viennent de quinze pays différents : Algérie, Maroc, Mauritanie, Gambie, Sénégal, Guinée Conakry, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigeria, République démocratique du Congo, Iles Comores, Syrie, Bangladesh et Sri Lanka.

L’Espagne a enregistré l’arrivée sur son sol de 41 000 migrants en 2020, ce qui la place en tête des pays européens, loin devant l’Italie et la Grèce, qui ont enregistré respectivement le débarquement de 34 100 et 15 000 migrants.

Selon les chiffres de la police espagnole, sur les 41 000 migrants arrivés en Espagne, 11 200 sont de nationalité Algérienne.

Ainsi, des milliers d’algériens ont tenté de rejoindre, l’année écoulée, les côtes européennes, particulièrement, espagnoles. Entre ceux qui ont réussi à rallier la rive Nord de la Méditerranée, et ceux qui sont morts noyés. Plus de 8000 d’entre eux ont été arrêtés par les gardes côtes algériennes, selon le bilan opérationnel de l’armée nationale populaire (ANP) pour l’année 2020, publié samedi dernier sur le site web du ministère de la Défense nationale.

Reportage : 2170 morts dans des naufrages en Atlantique en 2020 – TV5 MONDE

Publié par TV5 MONDE – Laura De Matos

L’ONG « Caminando Fronteras » (en cheminant les frontières) surveille les flux migratoires vers l’Europe. Selon sa dernière étude, 2 170 personnes sont mortes dans l’océan Atlantique en 2020 alors qu’ils tentaient de rejoindre les îles espagnoles des Canaries. Un chiffre presque trois fois plus élevé qu’en 2019. 

En 2020, près de 2 200 migrants auraient péri en mer en tentant de gagner l’Espagne – Le Parisien

Publié par Le Parisien le 29/12/2020 – Photographie par Reuters/Borja Suárez

Ce bilan est très lourd et correspond à plus du double des victimes recensées l’an passé. Selon une étude de l’ONG « Caminando Fronteras », qui surveille les flux migratoires, 2170 migrants sont morts en tentant la traversée maritime vers l’Espagne contre seulement 893 en 2019. La plupart d’entre eux, 85 % des décès, soit 1851, se sont produits au cours de 45 naufrages en route vers les Canaries, indique l’étude. Les arrivées de migrants dans cet archipel ont augmenté cette année à cause des contrôles renforcés en Méditerranée, autre itinéraire permettant d’atteindre l’Espagne.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol, du 1er janvier au 30 novembre 2020, 19 566 migrants ont atteint l’archipel, contre 1993 en 2019. Pour le seul mois de novembre, ce sont selon le ministère plus de 8000 migrants qui ont débarqué aux Canaries, archipel espagnol au large des côtes nord-ouest de l’Afrique.

Un plan d’urgence lancé

Le gouvernement espagnol a lancé un plan d’urgence visant à créer 7000 places d’hébergement temporaires aux Canaries grâce à 84 millions d’euros de fonds européens, en plus de loger des migrants dans des hôtels et complexes touristiques restés vides en raison de la pandémie de Covid-19.

Ce triste bilan intervient alors que le navire de secours aux migrants Ocean Viking a annoncé son intention de repartir en Méditerranée d’ici mi-janvier, après une année noire en 2020. L’ONG SOS Méditerranée ne cache pas son inquiétude dans un contexte sanitaire et politique « extrêmement délicat ». « On repart en mer très déterminés mais en sachant pertinemment que le contexte sanitaire et politique est extrêmement délicat », a expliqué Sophie Beau, directrice de SOS Méditerranée en France, à bord du navire, accosté dans le port de Marseille depuis dimanche, après cinq mois de blocage en Italie.

Il n’y a toujours pas d’accord entre les pays européens sur la répartition des personnes débarquées « donc on sait que potentiellement nous allons devoir patienter en mer avant de se voir attribuer un port sûr » pour débarquer les personnes secourues sans doute en Italie ou à Malte, a-t-elle poursuivi au cours d’une conférence de presse.

FABIEN DIDIER

Fabien Didier Yene est né le 26 mars 1979 à Omvan, une ville de la région de Mefou-Afamba, au centre du Cameroun. Etudiant passionné, il a néanmoins dû abandonner ses études faute de ressources financières suffisantes et se mettre très tôt à la recherche d’un avenir. C’est pourquoi, à l’âge de 24 ans, il a décidé d’entamer un processus migratoire vers le Maroc, un pays qui allait le marquer en tant que personne et en tant que défenseur des droits de l’Homme.

Il a essayé 23 fois de passer du Maroc en Espagne, en sautant les barrières frontalières des enclaves espagnoles, et même à la nage. C’est en 2006, lors d’une de ses nombreuses tentatives, que quelque chose a changé en lui. Il essayait de se rendre à Ceuta à la nage depuis la plage de Bel Younech, une traversée organisée deux par deux : lui nageait, portant à ses côtés Mama Jeanette, une camerounaise assez âgée, alors qu’Ibrahima, un nageur ivoirien relativement expérimenté, accompagnait Sonko, un jeune sénégalais. Ce jour-là, la gendarmerie a « appliqué » un de ses protocoles d’action : elle a récupéré les quatre personnes dans son bateau puis les a rejetées à l’eau afin qu’elles retournent au Maroc à la nage. Fabien a vu Sonko se noyer sous ses yeux. Des années plus tard, en 2012, le Comité des Nations Unies Contre la Torture condamnera l’état espagnol pour avoir entraîné la mort du jeune Sénégalais.

Fabien a survécu, ainsi que Mama Jeanette et Ibrahima. Mais suite à cela, le jeune homme a pris la décision de réclamer justice en dénonçant les faits. C’est alors qu’il a décidé de devenir défenseur. Depuis cette tragédie, il n’a jamais retenté de rejoindre l’Espagne. Il a commencé à militer au sein de l’ADESCAM (Association de développement et de sensibilisation des migrants camerounais au Maghreb) et, plus tard, il a intégré le CCSM (Collectif des communautés subsahariennes au Maroc). Il deviendra président des deux organisations et continuera de lutter, devenant une référence pour les administrations, les organisations sociales et les autorités consulaires au Maroc. Fabien a été l’un des premiers migrants subsahariens à obtenir une carte de séjour dans ce pays.

Il a également joué un rôle fondamental au sein de la Conférence non gouvernementale de 2006 sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de circulation, organisée conjointement avec l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), ATTAC Maroc, Caritas Maroc et le Réseau euro-africain.

En 2010, Fabien a publié un livre intitulé « Migrant au pied du mur » (Ed. Atlántica Seguie), dans lequel il raconte comment son corps et celui de milliers d’autres compagnons migrants sont meurtris par les politiques de contrôle des frontières.

Un an plus tard, il débarque enfin en France, invité à présenter son livre. Il en parlera dans de nombreuses interviewes, insistant, avec un humour caustique et courageux, sur le contraste entre son voyage en avion, rapide et facile, et ses 23 tentatives, douloureuses et traumatisantes.

À partir de 2012, Fabien va devenir un défenseur des droits reconnu au niveau international, et ses interventions publiques en Europe et au Maroc vont se multiplier ; Son influence sera fondamentale sur la rédaction de la Charte mondiale des migrants proclamée lors de l’Assemblée mondiale des migrants à Dakar.

Installé en France, il devra de nouveau se battre pour la reconnaissance de ses droits dans ce pays sans oublier son engagement en faveur des droits de l’Homme et des personnes migrantes encore en transit.

Malheureusement, Fabien a perdu la vie trop tôt : le 14 avril 2019, il a succombé à une attaque cérébrale lors d’une visite dans son pays d’origine.

VICTORIA COLUMBA (VICKY CANALLA)

D’origine argentine, Vicky est née dans une famille de Rosario qui a vécu la répression de la dictature de Videla. Après avoir vécu à Buenos Aires, étudié le droit puis le théâtre, elle s’est installée à Barcelone où elle a commencé à défendre les droits des immigrés.

En 2011, dans l’élan du 15M, les migrants ont rejoint les mouvements anti-répression. Suite aux nombreux décès survenus dans les centres d’internement des étrangers comme celui d’Idrissa Diallo en 2012 et d’Alik Manukyan en 2013, des actions et des campagnes ont été organisées afin d’obtenir leur fermeture définitive. Un contexte conflictuel qui, face aux violences policières, a conduit Vicky et ses compagnons à fonder le collectif Tras La Manta, en soutien aux vendeurs ambulants appelés “manteros”.

Plus tard, elle a participé au dernier enfermement volontaire de migrants organisé par l’Assemblée antiraciste de Barcelone, collaborant également aux luttes de quartier contre les expulsions et la spéculation immobilière et touristique.

Actuellement, elle est très active au sein du mouvement #RegularizaciónYA réclamant la régularisation permanente et sans conditions des migrants en situation administrative irrégulière en Espagne dans un contexte de pandémie du COVID19.

SYLVIE AGNES SAMBOU

Sylvie a survécu à un naufrage. Son embarcation a dérivé pendant dix jours dans l’Océan Atlantique et huit de ses compagnons de route ont perdu la vie. Les survivants, après des jours sans boire ni manger, ont eu la chance d’être repérés par un bateau. Secourus par des hélicoptères du Sauvetage en Mer, ils ont réussi à atteindre les îles Canaries le 11 mars 2015. Mais le calvaire ne s’est pas arrêté là : Sylvie a été enfermée pendant cinquante-six jours dans un centre d’internement pour étrangers jusqu’à ce qu’elle soit libérée et transférée à Bilbao avec une ONG qui lui a apporté son soutien. Sylvie n’est pas une criminelle mais une victime d’une « terrible tragédie ». Cette période d’enfermement, elle la définit comme « 56 jours d’horreur que je n’oublierai jamais ».

Une fois libérée et après avoir retrouvé son calme, elle nous a révélé que pendant son séjour au CIE, elle avait reçu des pressions pour qu’elle désigne et dénonce un « prétendu capitaine » du bateau. Elle a affirmé que les autorités lui avaient promis qu’elle obtiendrait « des papiers » et même une maison si elle inventait cette fausse histoire au sujet de son partenaire. Suite à son refus, elle a reçu des insultes et subi des humiliations. Néanmoins, elle n’a pas cédé au chantage. Mais elle n’a pas pu empêcher qu’un autre survivant de la tragédie, qu’elle connaissait depuis longtemps, soit accusé de « trafic » et incarcéré. Elle savait qu’il n’était pas coupable car ce garçon n’avait rien à voir avec un quelconque réseau de trafiquants. Sylvie était convaincue que, ne parlant ni français ni espagnol pour se défendre, il avait été victime d’une confusion délibérée. « La police nationale espagnole voulait mettre la main sur un trafiquant et elle a accusé la personne qui avait le plus de difficultés à communiquer”.

Malgré tout ce qu’elle a vécu, sa situation précaire et les menaces qui pesaient sur elle, Sylvie a décidé d’aider à rétablir la justice : accompagnée de son avocat, elle s’est rendue au tribunal de Bilbao pour témoigner en faveur de son camarade accusé. Grâce à son intervention, le jeune homme a été libéré.

Aujourd’hui, Sylvie vit au Pays Basque et se bat pour élever son jeune garçon. Elle explique que si elle a pu arriver jusque là, c’est parce qu’elle se sentait protégée et confiante face à l’adversité. La communauté des migrants l’a présentée comme un tremplin pour la défense des droits.

Kosta Sampou

Habitant au Maroc depuis plus d’une décennie, il a décidé de soutenir le mouvement migratoire suite aux violations des droits dont souffrent les Subsahariens dans le pays. En effet, la mort d’un footballeur guinéen à Rabat a rassemblé des centaines de personnes devant l’ambassade de Conakry. « Les diplomates nous ont abandonnés depuis longtemps dans ce pays », dit-il. C’est pourquoi il a décidé de fonder l’Association pour le développement et la sensibilisation des Guinéens migrants au Maroc (ADESGUIM), et de rejoindre le Conseil des migrants du pays. En tant que leader de la communauté, il entreprend un travail de défense des droits particulièrement important à partir de 2015, date à laquelle les Guinéens représentent l’une des principales nationalités à émigrer au Maroc. L’accès à la santé et à l’éducation, l’amélioration de la situation administrative et des conditions de travail sont les principaux axes de son organisation.

Cependant, le rôle de Sampou devient crucial dans un autre domaine : les frontières. L’augmentation progressive du nombre de décès et de disparitions de migrants, dont beaucoup sont d’origine guinéenne, font du défenseur des droits une pièce maîtresse entre les autorités, les proches et les victimes. Sampou visite les morgues du pays, « bondées » de corps subsahariens non identifiés. La recherche des personnes disparues et le rapatriement des corps dans le pays d’origine sont ses deux principaux combats.

Pendant la pandémie du COVID19, il est resté « coincé » en Guinée alors qu’il se rendait sur place pour transférer les corps d’une femme enceinte et d’une fillette d’un an, toutes deux décédées à la frontière entre l’Europe occidentale et l’Afrique. Il raconte qu’à son arrivée dans le pays, en l’espace de quelques jours, plus d’une dizaine de familles l’ont contacté, dénonçant la disparition de leurs proches au cours de leur tentative de rejoindre l’Espagne.

Helena Maleno : « Le concept de réfugié ne prend pas en compte d’autres réalités telles que les personnes déplacées ou les victimes de la traite ». – Atalayar

Publié par Atalayar le 29/06/2020 – Photographie par Dikobraz

Le XXe siècle a été un siècle de transition marqué par la violence et la barbarie. Cela s’est surtout manifesté pendant la Première et la Deuxième Guerre mondiale. Ce siècle a également connu des moments de réflexion où des concepts tels que la « vérité » ou la « justice » sont devenus les protagonistes incontestés d’une société désireuse de changer et de ne pas oublier. Au cours de la dernière décennie du XXe siècle, des militants et certains dirigeants politiques ont commencé à travailler pour combattre toute violation des droits qui se produisait dans le monde. Cependant, ces airs et ces grâces de changement ont subi un revers ces dernières années, comme l’explique Helena Maleno, défenseuse des droits de l’homme, journaliste et chercheuse sur la migration et la traite des êtres humains, dans son livre « Mujer de Frontera ». 

La lutte pour les droits des populations migrantes de passage au Maroc a changé à jamais la vie d’Helena. Un après-midi, alors qu’elle rentrait chez elle après avoir récupéré sa fille à l’école, deux policiers en civil l’attendaient. L’enquête contre Maleno a été ouverte au Maroc fin 2017, suite à un dossier controversé envoyé par la police espagnole à son homologue marocain. Cette affaire – qui a finalement été classée – a déclenché un mouvement international qui a révélé à quel point la criminalisation des droits de l’homme existe au XXIe siècle. « Le processus de criminalisation comprend un premier niveau de criminalisation primaire, lié aux normes, et un deuxième niveau de criminalisation secondaire dans lequel les organes de contrôle – juges, police, etc. – agissent dans la sélection des illégalismes (violations des normes pénales) qui doivent être poursuivis pénalement et des sujets qui doivent être criminalisés », indique un rapport produit par Protection International (PI).  

Dans son livre « Mujer de Frontera », Helena Maleno explique en première personne comment elle a vécu ce processus et comment il a transformé sa vie et celle de tous ceux qui l’entourent. « La solidarité est persécutée comme un crime parce qu’elle brise un système qui est parfois nécropolitique, c’est-à-dire un système de mort qui donne de l’argent », a-t-elle déclaré dans une interview avec Atalayar, soulignant que les cas rendus visibles sont en réalité ceux de certains défenseurs des droits de l’homme, tandis que les droits des migrants qui sont réellement persécutés et criminalisés sont relégués au second plan. 

Imagen de la defensora de derechos humanos y activista Helena Maleno con su libro 'Mujer de Frontera. Defender el derecho a la vida no es un delito'
PHOTO/ DIKOBRAZ – Image de la défenseuse des droits de l’homme et activiste Helena Maleno avec son livre « Mujer de Frontera. Defender el derecho a la vida no es un delito « 

Helena a expliqué à Atalayar que, pour elle, écrire ce livre était un processus « très difficile » car raconter tout ce processus à la première personne était quelque chose qui « lui faisait peur ». « En fait, j’effaçais des paragraphes et j’étais en lutte constante avec moi-même. Cependant, à un moment donné, j’ai trouvé la voix que je cherchais et j’ai décidé de le dire comme ça. Et je l’ai fait parce qu’il est nécessaire de le dire », a-t-elle admis. « J’ai écrit ce livre pour faire comprendre aux gens comment ma façon d’être dans ce processus judiciaire a changé et comment la frontière a eu un impact sur mon corps. Et non seulement cela, mais j’ai essayé d’expliquer comment cette frontière a eu un impact sur le corps de nombreuses personnes avec lesquelles j’ai partagé des expériences au fil des ans », a-t-elle déclaré.  

« En ce moment, je réfléchis à ce que seront mes prochaines étapes. Les administrations publiques elles-mêmes auraient dû lancer une enquête. Mais le problème est qu’en Espagne, il n’y a pas de culture de la réparation. Au-delà de cela, il y a aussi tout le processus de demande de justice, et franchement, j’ai besoin de prendre une respiration et de voir ce que je vais faire à partir de là. De plus, nous devons garder à l’esprit que je ne suis pas seule. Mon combat n’est pas un cas individuel et, en tant que tel, nos stratégies visent à obtenir une justice collective qui atteigne d’autres camarades qui luttent également aux frontières », a-t-elle déclaré.  

Alors que les concepts de réparation symbolique et de justice font la une de nombreux journaux, des centaines de personnes continuent de subir les conséquences de l’inégalité par le biais de réseaux criminels. Dans le livre « Mujer de Frontera », Helena parle de modèles où la lutte contre la traite des êtres humains est liée aux droits de l’homme.  Lors de l’entretien avec Atalayar, l’auteur de ce livre a insisté sur la nécessité de « concevoir une loi contre la traite qui reconnaisse toutes les formes de ce phénomène qui existent, ainsi que de disposer d’une force de police qui ne soit pas liée au contrôle de l’immigration avec une formation aux droits de l’homme et des victimes qui ne dépendent pas de la volonté des organisations sociales », a-t-elle expliqué. « Il faut une forme de détection plus complète, impliquant les administrations publiques, et avec une loi anti-traite qui joue un rôle important au sein de l’État espagnol », a-t-elle déclaré.

Portada del libro 'Mujer de Frontera' escrito por la defensora de derechos humanos y activista Helena Maleno
PHOTO/DIKOBRAZ – Couverture du livre « Mujer de Frontera » écrit par la défenseuse et activiste des droits de l’homme Helena Maleno

En 2006, Louise Arbour, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, a donné les premiers coups de pinceau de ce qui allait devenir ce que nous connaissons aujourd’hui comme la justice de transition. Selon elle, « la justice transitionnelle devrait contribuer à transformer les sociétés opprimées en sociétés libres en s’attaquant aux injustices du passé par des mesures qui conduiront à un avenir équitable ». Cette justice doit s’attaquer aux crimes et aux abus commis pendant le conflit qui a conduit à la transition, mais elle doit aussi aller au-delà et s’attaquer aux violations des droits de l’homme qui ont précédé le conflit et l’ont provoqué ou y ont contribué.  Dans beaucoup de ces processus, il n’y a pas de place pour les réfugiés, les condamnant d’une certaine manière à l’oubli. « Pour commencer, nous devons analyser le concept de réfugié », a déclaré Mme. Maleno. « C’est un concept très étroit car il est né pour une population européenne après la Seconde Guerre mondiale, c’est-à-dire un concept très limité qui n’a pas d’autres réalités comme le déplacement dû au changement climatique ou les femmes victimes de la traite ».  

La defensora de derechos humanos y activista Helena Maleno
PHOTO/ DIKOBRAZ- La défenseuse et activiste des droits de l’homme Helena Maleno  

D’autre part, l’auteur du livre « Mujer de Frontera » considère que le concept de réfugié a été utilisé par le système « pour faire une distinction entre les migrants économiques et les réfugiés ». « Le droit d’asile est parfois conçu pour tamiser et séparer les populations et n’a pas d’approche fondée sur les droits de l’homme », a-t-elle critiqué. Il estime également que « c’est une chose de poursuivre un crime, qui devrait être traité par la police, et une autre de réparer les droits, victime par victime ». Sur ce point, Helena Maleno a averti que, dans de nombreuses occasions, lorsque les droits de ces victimes ne sont pas réparés, ils sont repris par les réseaux criminels.  

« Nous devons être conscientes qu’en tant que femmes, nous sommes plus persécutées. Il y a plusieurs niveaux de persécution et de criminalisation. De plus, le fait d’être une femme est toujours utilisé comme une couche pour poursuivre la solidarité. Si vous êtes également une femme noire ou en situation irrégulière, la persécution est plus grande. Il y a beaucoup de situations qui doivent être analysées et que nous ne pourrons surmonter que si nous misons sur cette protection collective », a déclaré Mme. Maleno dans une interview avec Atalayar. 

Pour l’auteur du livre « Mujer de Frontera », le concept de soutien mutuel et de solidarité « est nécessaire pour survivre face à la mort ».  Cette année, en Europe, nous avons dû regarder la mort en face avec l’apparition du coronavirus. Cependant, les communautés de migrants sont confrontées à la mort simplement parce qu’elles se déplacent ou traversent une frontière. « La mort est présente et la mort est confrontée à des stratégies de vie et de survie. Ce sens de la communauté et de la famille, du sang et du choix, est très important sur la dure route de la migration », a-t-elle déclaré. 

Le courage et la force qui définissent Mme. Maleno sont les mêmes caractéristiques que celles qui caractérisent les milliers et les milliers de personnes qui, à un certain moment de leur vie, n’ont d’autre choix que de fuir leur pays. « Après tout, c’est une lutte pour la vie », a déclaré Mme. Maleno. « Certaines des femmes à qui j’ai eu l’occasion de parler m’ont dit qu’elles n’avaient pas le droit d’émigrer, mais qu’elles n’avaient pas le droit de ne pas le faire non plus ». C’est une lutte constante pour la vie, une vie qui pour eux « est une lutte » et dans laquelle des gens comme eux sont « les soldats de la vie ». Ils ont la possibilité d’utiliser le langage militaire qui a toujours été utilisé pour les criminaliser pour avoir fui leur pays afin de défendre leur vie. « C’est bien, n’est-ce pas ?  », a conclu Mme. Maleno.

Le corps de Mbene

Après la découverte du corps d’une femme au large des côtes espagnoles, un homme désespéré confirme ses craintes : le corps est celui de sa sœur Mbene, une jeune femme, coiffeuse de profession, qui n’avait jamais parlé de son intention de risquer sa vie en traversant le détroit de Gibraltar.

« Avec le temps, les migrants ont appris à me connaître, je suis devenue un réseau social à moi toute seule ! » – INFOMIGRANTS

Publié par INFOMIGRANTS le 27/03/2019

La justice marocaine a récemment abandonné toutes les charges qui pesaient à l’encontre d’Helena Maleno. Accusée de trafic d’êtres humains, cette militante espagnole basée à Tanger est connue de beaucoup de migrants passés par la région. Portrait d’une battante.

Pour Helena Maleno, la mer Méditerranée a toujours été un lieu de joies “appartenant à tous”, celui des bons souvenirs d’enfance, celui qui l’a vu grandir à l’ombre des vastes serres de fruits et légumes de la petite ville d’El Ejido en Andalousie. Fille d’ouvriers agricoles, elle côtoie de nombreux travailleurs saisonniers, souvent sans-papiers, à qui la ville doit sa prospérité.

Mais un jour de février 2000, El Ejido s’enflamme. C’est un double meurtre commis par un déséquilibré marocain qui met le feu aux poudres. Les émeutes feront quelque 80 blessés et laisseront l’Espagne tolérante sous le choc. “Depuis quelques temps, je sentais le racisme monter parmi mes voisins et au-delà. D’un côté, ils utilisaient les migrants comme main d’œuvre, mais de l’autre, ils ne les intégraient pas à la société. J’ai trouvé cela injuste. C’est là que j’ai commencé à vouloir les défendre”, confie Helena Maleno, jointe par InfoMigrants.

Diplômée de journalisme, elle se lance dans des investigations. Traite des clandestins, prostitution, trafic de drogues ou d’organes : dénoncer “le business autour des migrants” devient alors son combat au quotidien. C’est dans ce contexte qu’elle part s’installer au Maroc en 2002. “J’ai été chercheur, j’ai aussi travaillé pour l’ONU ou pour le défenseur des droits espagnol. Et en parallèle, j’ai toujours continué de militer. Au début c’était de manière informelle, et petit à petit on est devenu un collectif.”

« La première fois qu’on m’a appelée pour un bateau qui chavirait remonte à 2007 »

Aujourd’hui, Helena Maleno est à la tête de Caminando Fronteras (Walking Borders), une association de défense des migrants basée à Tanger. “Je travaille beaucoup autour de l’accès aux droits, par exemple inscrire les enfants à l’état civil, la santé sexuelle des femmes, des meilleurs soins etc. Et on est aussi présents autour des naufrages : on va visiter les morgues pour connaître le nombre de victimes et essayer de les identifier, on accompagne parfois les proches, on relaie les photos des disparus etc.”, décrit Helena Maleno.

En 20 ans, l’Espagnole est devenue un pilier dans la région et au-delà. “Mon numéro circule beaucoup parmi les candidats à l’exil. La première fois qu’on m’a appelée pour un bateau qui chavirait remonte à 2007. Petit à petit notre réseau d’entraide s’est construit. Avec le temps, les migrants ont appris à me connaître, je suis devenue un réseau social à moi toute seule”, plaisante-t-elle.

Désormais, une ligne téléphonique est ouverte en permanence pour recevoir d’éventuels appels de détresse des migrants en mer. “Quand on nous appelle, on essaye de récolter un maximum d’informations et on transmet immédiatement aux secours. Je pense qu’on nous appelle car les migrants ont confiance en moi, ils se disent qu’il y a plus de chances que les secours viennent si je les préviens”, raconte celle qui se dit toujours surprise par sa “popularité” parmi les migrants.

Plus de sept ans d’enquête contre la militante en Espagne et au Maroc

Mais le combat d’Helena Maleno est loin de faire l’unanimité. Depuis des années, cette dernière est en effet sous le coup d’une enquête initiée par la police espagnole en 2012 qui l’accuse de “trafic d’êtres humains et émigration clandestine”. Sans preuve concrète, le dossier a été confié au Tribunal de Tanger en 2014, qui a finalement décidé de classer l’affaire en décembre dernier après des années d’enquête et d’angoisse pour Helena Maleno.

“Contrairement à l’Espagne qui ne m’a jamais convoquée, au Maroc j’ai pu me défendre, j’avais un avocat spécialisé en droits de l’Homme, un bon traducteur, beaucoup de soutien dans les médias et la population. Même le rapporteur des Nations unies est monté au créneau”, raconte Helena Maleno. La décision d’abandonner toutes les charges a finalement été confirmée en appel mi-mars, la justice marocaine réitérant qu’il n’y avait aucune preuve d’un crime.

“Avec cette décision, le Maroc dit que le droit à la vie est plus important que la politique migratoire de l’Union européenne. Cela peut faire jurisprudence. Ma victoire, c’est une victoire pour tous”, estime-t-elle. Après ce long combat, émaillé de menaces de mort à son encontre, la quadragénaire est marquée. Mais aussi plus déterminée que jamais à faire avancer la cause des migrants et celle de ceux qui la défendent.

Son travail a plusieurs fois été récompensé ces dernières années à travers le monde. Elle a notamment reçu le prix « Nacho de la Mata » en 2015 du Conseil général des avocats espagnols, le prix de l’Association espagnole de défense des droits humains en 2018 et le prix MacBride pour la paix décerné en 2018 par le International Peace Bureau.

La fin des poursuites contre Helena Maleno fait jurisprudence pour « le droit à la vie aux frontières ». – TELQUEL

Publié par TELQUEL le 15/03/2019

J’ai appris ces derniers temps que l’Europe est devenu un continent très dangereux pour les personnes qui défendent les droits des migrants. Mais aujourd’hui je sais que je suis ici, tellement forte, tellement entière et tellement libre, grâce à vous tous ». C’est ainsi que ce lundi 11 mars Helena Maleno Garzon, 48 ans, militante espagnole pour les droits de l’homme installée à Tanger, annonce la fin de ce qu’elle appelle un « cauchemar ».

Après 15 mois de procès, le tribunal de Tanger a décidé de classer sans suite l’affaire judiciaire entamée à son encontre en décembre 2017 pour « trafic d’êtres humains, favorisation de l’immigration irrégulière et d’associations de malfaiteurs » résumait-elle pour TelQuel il y a un an.

Son « cauchemar » commence en fait en 2012 lorsque l’Ucrif, la police espagnole des frontières, entame une enquête à son égard. Sans résultats, les Espagnols demandent alors au Maroc d’enquêter sur elle et accompagne sa demande d’un dossier criminel la concernant. « C’était un dossier horrible, plein de mensonges. Je n’arrivais pas à croire qu’une police en Europe, l’Europe de la démocratie, puisse créer un tel dossier ,» explique-t-elle. Cela alors que « l’audience nationale espagnole avait déjà déclaré à la police nationale espagnole que ce que je fais n’est pas un délit » rappelle-t-elle.

Originaire de la commune d’El Ejido en Andalousie, étudiante en journalisme, elle se tourne vers l’investigation sociale dès le début de sa vie professionnelle. Un choix qui, d’après elle, lui permet d’avoir « un réel impact sur la vie des gens ». C’est ainsi qu’elle arrive à Tanger en 2003 en tant qu’activiste pour l’ONG Intermon Oxfam. Elle mène une enquête sur les femmes qui travaillent dans les « maquila », des usines dédiées à l’export.

Rapidement, son intérêt bascule vers le trafic d’êtres humains. « Je viens d’une région très pauvre du sud de l’Andalousie. Elle s’est développée grâce à l’agriculture et au travail des migrants. Mais certains travaillaient dans des conditions d’esclavage et n’étaient pas intégrés. C’étaient surtout des Maghrébins. J’ai été frappée et j’ai commencé à réfléchir sur comment l’Europe contrôle ses frontières et crée parfois des conditions d’esclavage pour ces personnes. Je me suis alors intéressée à la traite d’êtres humains et ensuite j’ai commencé à former des policiers, des juges ou encore les services de sauvetage sur le sujet. Aujourd’hui je m’occupe surtout des femmes et des enfants migrants, » nous raconte Helena. Elle nous fait part de son étonnement lorsqu’elle s’est retrouvée face à un juge pour trafic d’êtres humains, alors qu’elle-même était habituée à former les juges contre ce type de trafic.

Elle cofonde en 2002 l’association de soutien aux migrants Caminando Fronteras. Elle donne la localisation des barques disparues aux services de sauvetage et cherche à identifier les disparus. Son numéro de téléphone est devenu la dernière planche de salut pour ces migrants clandestins qui l’appellent depuis le désert ou les embarcations et lui signalent leur localisation. Elle écrit par ailleurs le rapport sur la traite humaine pour Defensor del Pueblo, autorité espagnole chargée de garantir les droits des citoyens, et travaille aussi pour Alliance pour la solidarité (APS) sur l’intégration des migrantes et de leurs enfants au Maroc.

Son dernier rapport, écrit pour APS en 2018, traite des droits des femmes migrantes. Loin de se laisser freiner par les accusations légales à son encontre, sa page Facebook, qui compte plus de 160.000 abonnés, publie régulièrement des alertes et des avis de recherche de migrants disparus en mer. Lorsque nous l’appelons, elle interrompt la conversation pour répondre à l’appel d’un bateau en mer. Son engagement et sa détermination lui valent le Prix Mundo Negro pour la fraternité en 2017, le prix des Droits de l’homme de l’Union progressiste des procureurs et aussi celui du Conseil général des avocats d’Espagne. Ce même engagement qui l’ont mené au centre d’une enquête pour trafic d’êtres humains. Elle risquait la prison notamment pour des alertes lancées à Salvamento Maritimo, corps du ministère public espagnol chargé de la protection de la vie humaine en mer.

Aujourd’hui, elle peut enfin se dire libre. « Tout cela a été très long et très angoissant. Mais je dois dire que je me suis sentie bien traitée et respectée face à la justice marocaine. Ce pays qui m’accueille et que je considère aussi le mien m’a donné la possibilité de me défendre, » nous confie Helena Maleno.

En même temps, elle pointe certains abus, notamment de la part de la police espagnole. « Depuis 2012, la police espagnole a écouté mes conversations téléphoniques, sans aucun contrôle juridique. En plus, beaucoup de mes droits quotidiens ont été remis en cause. Je n’ai pas pu travailler ni circuler librement. Maintenant, je demande que tous ces droits me soient restitués pour revenir petit à petit à une vie normale » dénonce-t-elle, amère.

Malgré tout, Helena Maleno célèbre cette décision de justice qui est pour elle une « victoire collective». « Je suis vraiment contente qu’aujourd’hui, après toute la criminalisation de l’aide humanitaire en Europe, un pays comme le Maroc donne une importance majeure au droit à la vie. C’est la base de l’humanité et de la démocratie et c’est un message aux autorités et aux politiques européennes, » déclare-t-elle. Si elle est consciente que cela pourrait ne pas être la fin, au vu d’un contexte qu’elle définit « très compliqué », elle se dit tout de même confiante quant à la possibilité de construire une politique migratoire différente. « Je suis sûre qu’on peut protéger le droit à la vie aux frontières : il y a les moyens et les capacités. L’année dernière, à la fin du mois de Ramadan, beaucoup de marocains souhaitant passer la frontière sont restés bloqués en mer. Grâce à la collaboration du Maroc et de l’Espagne, des milliers de vies ont été sauvées » conclut celle qui a contribué a sauver au moins 10.000 personnes.

Le petit Samuel

Alors que le monde entier s’est ému de la mort d’un petit garçon syrien, peu de gens ont entendu parler de Samuel, le “Aylan” espagnol, dont la dépouille s’est échouée sur la plage de Barbate, à Cadix, en Espagne. Son père a fait le voyage depuis le Congo pour honorer sa mort et obtenir justice.

Maroc : Helena Maleno, militante espagnole poursuivie pour avoir sauvé des vies. – TV5MONDE

Publié par TV5MONDE le 25/10/2018

Le téléphone d’Helena Maleno sonne au rythme des drames dans le détroit de Gibraltar. Au bout du fil, des migrants, qui tentent de rejoindre les côtes espagnoles, depuis le Maroc. L’Espagne est devenue en 2018 la première porte d’entrée de l’immigration clandestine en Europe. Quand la traversée se passe mal, certains contactent la militante espagnole. Grâce à leur géolocalisation, elle fait le lien entre eux et les équipes de sauvetages marocaines et espagnoles. Elle ne sait pas à l’avance qui, du Maroc ou de l’Espagne, fera le sauvetage et se défend donc d’aider les migrants à passer en Europe. « Je dois juste sauver ces vies », explique-t-elle.

Basée à Tanger depuis 15 ans, Helena Maleno est entrée en contact avec des migrants à travers son travail de journaliste et chercheuse sur la traite des êtres humains. Elle a décidé d’aider ceux qui risquaient leur vie. Son travail bénévole s’est transformé en combat. Car depuis plusieurs années, elle est inquiétée par la justice de son pays d’origine, l’Espagne. Elle a été visée par une enquête pour trafic d’êtres humains. Le procès n’a pas eu lieu, faute de preuve. « Pour les Espagnols je suis comme un Pablo Escobar de la Méditerrannée » témoigne-t-elle , « mais je ne gagne même pas un euro grâce à ça. C’est un nouveau type de délit, c’est un délit de trafic, bénévole ». 

Mais l’enquête l’a poursivie, d’une rive de la Mediterannée à l’autre. Depuis un an, l’activiste espagnole doit faire face à la justice marocaine. Une investigation est en cours, pour les mêmes délits, suite à un rapport de plusieurs pages sur la chercheuse. Un document, qui aurait été transmis aux autorités marocaines directement par Madrid, selon le sénateur espagnol Jon Inarritu qui dénonce un acharnement contre elle. Il s’est adressé au ministre de l’Intérieur espagnol : « Helena Maleno, défenseur des droits humains, est actuellement accusé au Maroc, vous savez ce qu’il se passe. Ils ont un rapport, du commissariat général des frontières, envoyé par le gouvernement espagnol, ce même rapport qu’un procureur a refusé de traiter publiquement faute de preuves. »

Le cas d’Helena Maleno a été cité en exemple par un rapporteur de l’ONU. La militante a déjà été entendue plusieurs fois par la justice marocaine. Elle n’a pas le droit de quitter le pays pour le moment. Elle continue donc son combat, depuis son domicile tangérois, d’où elle a vue, ironie du sort, sur le consulat espagnol. 

Affaire Helena Maleno : dernière audience avant le verdict. – TELQUEL

Publié par TELQUEL le 02/02/2018 – Photographie par Fadel Senna

La militante, Helena Maleno, est depuis plus d’un mois sous le coup d’une enquête de la police espagnole qui l’accuse de trafic d’êtres humains et d’émigration clandestine. Après sa première audience le mercredi 10 janvier, l’Espagnole a été entendue mercredi 31 janvier, une seconde et dernière fois.

« J’ai été interrogé pendant deux heures par les juges : toujours sur le même sujet. Mon avocat et moi avons présenté de nouveaux documents sur mes activités pour qu’ils puissent mieux comprendre ma position de défenseur des droits de l’homme. Maintenant, le juge a clôturé sa recherche. Soit il va clôturer le dossier, ce que j’espère, soit il va décider qu’il s’agit bien d’un acte criminel », nous explique Helena Maleno, qui dit ne pas encore connaître la date du jugement. « Le juge a juste dit qu’il entrerait bientôt en contact avec mon avocat« , conclut-elle, sur un ton fatigué.

L’affaire a fait grand bruit à l’international où ONG et personnalités publiques se sont déjà mobilisées. TelQuel revient sur le cas un peu particulier d’Helena Maleno et fait le point pour vous.

Qui est Helena Maleno ?

Le jour même de sa première audience avec le juge de Tanger, mercredi 10 janvier, Helena Maleno Garzon nous répond très rapidement : “Je suis épuisée, mais appelez-moi vendredi sur ce numéro de téléphone, je serai sûrement plus forte”. Ce fameux numéro, c’est celui qui reçoit l’appel à l’aide de centaines de migrants et avec lequel la militante espagnole prévient les services de sauvetage quand une embarcation disparaît dans le détroit. Installée depuis quinze ans à Tanger, l’activiste de 47 ans lutte pour éviter les naufrages de migrants en Méditerranée. Aujourd’hui, elle est accusée de “trafic d’êtres humains, de favoriser l’immigration irrégulière et d’association de malfaiteurs”, résume-t-elle la gorge serrée.

En 2003, Helena Maleno arrive à Tanger pour un travail d’investigation sociale pour l’ONG Intermon Oxfam sur les femmes qui travaillent dans les “maquila”, ces usines qui produisent pour l’export. Un sujet en lien avec ses recherches en Espagne sur les violences faites aux femmes. Originaire d’Andalousie, d’El Ejido plus exactement, cette fille d’ouvriers agricoles a fait des études de journalisme. “L’investigation me passionnait, mais il n’y avait pas de travail. Je me suis recyclée en investigatrice sociale participative, un instrument contre les discriminations sociales qui a un réel impact sur la vie des gens”, explique-t-elle. Puis des femmes à Tanger, Helena Maleno bascule vers l’immigration, avant de se spécialiser dans la lutte contre le trafic d’êtres humains.

Investigatrice sociale

La consultante espagnole délivre des enquêtes pour des associations, ONG et institutions internationales, telles que les Nations Unies, Alliance pour la solidarité (APS) ou Women’s Link. Elle écrit le rapport sur la traite humaine pour Defensor del Pueblo, au- torité espagnole chargée de garantir les droits des citoyens. Après avoir co- écrit un livre sur les violences faites aux femmes, Helena Maleno affirme travailler pour APS sur l’intégration des migrantes et de leurs enfants au Maroc. “Je me suis attaquée aux réseaux de trafic humain les plus dangereux”, se targue la femme menue, coiffée de son bonnet en laine gris dont dépassent quelques mèches teintées au henné. “Je suis allée jusqu’au Nigeria en 2010 pour enquêter sur les réseaux d’esclaves sexuelles qui remontent en Europe”.

Reconnue pour son engagement, elle a reçu le Prix Mundo Negro pour la fraternité 2017, le prix des Droits de l’homme de l’Union progressiste des procureurs, ou encore celui du Conseil général des avocats d’Espagne. “C’est une femme connue sur le terrain, depuis qu’elle est arrivée au Maroc, lorsque des migrants sont morts à Sebta et Melilia”, se souvient Saïd Tbel, coordinateur national de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), chargé des droits des migrants. Cofondatrice en 2002 de l’association Caminando Fronteras, elle donne la localisation des barques perdues et cherche à identifier les disparus. L’année dernière, la militante des droits humains assure avoir aidé le père de Samuel, enfant congolais surnommé le “Aylan espagnol”, retrouvé sur la plage de Cadiz.

Nous avons aidé son père à identifier les corps, pour lui permettre d’enterrer sa femme et son fils”, raconte Helena Maleno, qui insiste sur l’importance du deuil. “Je partage sur les réseaux sociaux les photos des personnes disparues”, ajoute la militante, qui compte 30.000 abonnés sur Twitter et 66.000 sur Facebook. “Tout comme mon téléphone, les réseaux sociaux sont devenus des systèmes d’alerte publics”. Des clandestins l’appellent depuis le désert ou de leur embarcation pour lui signaler leur localisation, qu’elle transmet aux autorités. “On m’accuse de ce que j’ai passé ma vie à combattre”, déplore-t-elle.

Droit à la vie vs. droit des frontières

Fin novembre, Helena Maleno rentre du collège avec sa fille lorsqu’elle trouve deux policiers en civil devant chez elle. “Ils m’ont remis ma convocation au tribunal. C’était le début du cauchemar”, relate-t-elle. Après avoir consulté son avocate, elle apprend qu’elle est visée par une enquête pour trafic d’êtres humains, un délit pouvant conduire en prison. Au cœur du dossier : les alertes passées à Salvamento Maritimo, corps du ministère public espagnol chargé de la protection de la vie humaine en mer.

Elle précise que l’information qu’elle donne aux autorités espagnoles et marocaines est censée être partagée entre les deux pays afin de déterminer lequel intervient, selon une convention des Nations Unies pour la protection du droit à la vie en mer. “Salvamento vient aussi vers moi pour avoir des informations quand ils ne retrouvent pas une embarcation”, ajoute-t-elle. “Je trouve incroyable qu’une personne ayant sauvé autant de vies, donnant autant de sa personne, soit mise en cause”, avait déclaré, à l’AFP, Miguel Jesus Zea, responsable des secours en mer à Almeria. Selon lui, Helena Maleno a permis de secourir “au moins 10 000 personnes”. “Mon objectif n’est pas que les embarcations arrivent en Espagne, mais que personne ne meurt en Méditerranée”, martèle l’activiste.

La première convocation du 5 décembre a été reportée une première fois au 27 décembre, puis au 10 janvier où elle a été entendue par un juge d’instruction au Tribunal de Tanger, accompagnée d’un avocat de l’ONDH (l’Observatoire national du développement humain), du sien et d’une traductrice. Une épreuve “difficile” pour elle, qui est plutôt habituée à former les juges contre le trafic d’êtres humains en Espagne. Elle se dit tout de même rassurée par la justice marocaine “qui respecte son droit de défense”. “Je comprends qu’elle enquête sur mon dossier qui a été transmis par la police espagnole”, concède-t-elle. Sa défense affirme que la police espagnole avait déjà transmis un dos- sier similaire à l’Audience nationale de Madrid, qui l’avait ouvert puis classé sans suite.

C’est l’illustration de l’Europe qui sous-traite le contrôle de ses fron- tières au Maroc”, dénonce Lucile Daumas, membre d’Attac-Maroc. Avec une dizaine d’associations marocaines et à l’initiative de l’AMDH, Attac soutient Helena Maleno dans un communiqué. En Espagne, 200 personnalités, dont l’acteur Javier Bardem, ont signé une pétition pour affirmer leur “solidarité totale avec Helena Maleno” et s’opposer à la “criminalisation de son travail”. “Nous sommes inquiets car le cas de Helena n’est pas isolé. Une série de criminalisations de l’aide apportée aux migrants se fait en Europe au nom de la sécurité”, poursuit Lucile Daumas. Un constat partagé par Saïd Tbel de l’AMDH, qui cite des cas en Grèce, en France ou en Italie.

Mobilisation en Espagne pour Helena Maleno, qui sauve les migrants de la noyade. – L’Express

Publié par L’Express le 10/01/2018 – Photographie par Fadel Senna

La militante de 47 ans, qui depuis des années permet aux secours de localiser les migrants en difficulté au large des côtes espagnoles, doit être entendue mercredi à 11h00 (10h00 GMT) par un juge de Tanger, au nord du Maroc, où elle est installée depuis une quinzaine d’années et travaille au sein de l’association Caminando Fronteras. 

« Je trouve incroyable qu’une personne ayant sauvé autant de vies, donnant autant de sa personne soit mise en cause« , déclare à l’AFP Miguel Jesus Zea, le responsable des secours en mer pour la zone d’Almeria (Andalousie). 

« Nous affirmons notre solidarité totale et notre soutien à Helena Maleno Garzon« , lit-on dans une pétition signée par quelque 200 personnalités dont l’acteur Javier Bardem ou l’écrivaine Almudena Grandes pour la « défense du droit à la vie » et contre « la criminalisation » de son travail. Amnesty International dit aussi suivre avec « beaucoup d’inquiétude » l’affaire. 

La police espagnole avait remis au parquet un rapport la soupçonnant de travailler pour une « organisation criminelle » en transmettant aux secours la localisation des migrants, en vue de leur transfert sur les côtes espagnoles. Mais, en avril 2017, le parquet avait classé l’affaire sans suite, ne voyant pas d’indice de délit. 

Le dossier aurait aussi été transmis à la justice du Maroc, sans préciser qu’il avait été classé en Espagne, selon Helena Maleno, qui doit être entendue par un juge d’instruction pour trafic de migrants, un délit qui peut entraîner une peine de prison. La police espagnole contactée par l’AFP n’a pas souhaité commenter le dossier.  

Selon Miguel Jesus Zea, Helena Maleno a permis de secourir « au moins 10.000 personnes » au large d’Almeria (sud de l’Espagne). En 2017, 223 migrants sont morts en tentant de gagner l’Espagne par la mer, selon l’Organisation internationale pour les migrations. 

L’Eglise la soutient et l’organisation catholique Caritas tente une médiation auprès des autorités marocaines en sa faveur. Dès 2007, cette militante servait d’intermédiaire aux familles de migrants pour se renseigner sur leur sort auprès des autorités espagnoles après la traversée du détroit. 

Peu à peu, son numéro de téléphone et celui de l’équipe de Caminando Fronteras a circulé. Désormais, des clandestins l’appellent depuis le désert ou leur embarcation pour lui signaler leur localisation approximative. Elle transmet à son tour ces informations aux autorités pour permettre leur sauvetage. 

Helena Maleno intervient aussi en tant qu’experte en migrations lors de colloques internationaux et ses publications sont appréciées par ses pairs, selon le sociologue et expert en migrations français Olivier Peyroux. 

Son ONG défend aussi leur cause devant la justice comme dans le cas du drame de Tarajal, quand 15 migrants s’étaient noyés le 6 février 2014, visés selon Caminando Fronteras par des balles en caoutchouc de la Garde civile espagnole qui auraient pu jouer un rôle dans leur mort au large de l’enclave sous administration espagnole de Ceuta. 

Fille d’ouvriers agricoles, Helena Maleno a grandi à l’ombre des grandes serres de fruits et légumes d’Andalousie, à El Ejido. Sa ville natale est connue pour les émeutes racistes contre des immigrés maghrébins, en février 2000, qui avaient fait quelque 80 blessés après un double meurtre. 

Depuis, cette diplômée en journalisme n’a eu de cesse de dénoncer le « business » autour des migrants: celui qui découle du contrôle migratoire, de la traite des clandestins, du travail non déclaré, du trafic d’organes et de la prostitution. 

« Ce sont des esclaves et non des citoyens, expulsés de l’Etat de droit« , déclare à l’AFP la fine brune aux cheveux noirs parfois teints au henné. 

Mardi, elle a déclaré à l’AFP se féliciter de l’élan de solidarité autour de son affaire, car enfin, « tout le monde s’est mis à parler du droit à la vie. L’Europe veut nous montrer que le contrôle migratoire est plus important, mais c’est faux« . « On a les moyens de stopper toutes ces morts« . 

SOS : Larisa a disparu

Après plusieurs jours sans nouvelles, Estelle s’est inquiétée du sort de sa soeur. Depuis la Suisse, craignant le pire, elle s’est alors rendue à Algésiras, en Espagne : la jeune femme avait été victime de négligence de la part des sauveteurs qui ne sont jamais arrivés.